MIKA PEREZ JUSQU'AUX 4 OCTOBRE 2009, GALERIE PHILIPPE PANNETIER, 2 BIS PLACE DE LA CALADE 30000 NÎMES FRANCE.
Comment ça joue, l’humain.
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Tous les régimes de l’image sont concernés sans hiérarchie ni distinction : typographie, BD, imagerie populaire, peinture, cinéma, illustration, gravure ancienne…
L’œuvre proliférante de Mika Pérez fonctionne comme un organisme qui absorberait les images pour les restituer sous forme de tableaux.
La virtuosité formelle et technique de l’artiste lui permet toutes les hybridations : il peut ainsi séparer subtilement l’image de son style d’origine, et lui en appliquer un autre comme si la somme des choix picturaux était rassemblée dans une banque de données. Il peut aussi, et c’est tout le contraire, investir le médium comme objet de spéculation, dans des toiles étranges où le pinceau se soumet à un divertissement en suivant des jeux de lignes à la matière maigre, ou interroger la typographie comme image, à la manière de Ruscha, en la placardant hardiment sur un fond de peinture abstraite.
Car c’est aussi une praxis picturale qui est exposée dans les grands ensembles que l’artiste accroche à toutes les hauteurs du mur : les styles picturaux comme les lexiques y sont mélangés, l’artiste les a déposés sur le support puis est parti explorer un autre style, expérimenter une autre technique, puiser dans un autre réservoir de formes. Ce qui reste devant nous, au delà ce cette ambition d’abolir toute hiérarchie, c’est une action : brasser les références, tricoter la naïveté avec la connaissance, passer de l’image lisse à la picturalité sensuelle et inversement : les cavaliers de l’apocalypse, recadrés, sont baptisés du nom d’un album de post-rock canadien (Horses in the sky). Le premier tableau de l’artiste, un paysage de film, est retravaillé cinq ans plus tard, et barré du mot « Arbogast », nom du policier malchanceux dans Psychose de Hitchcock.
Si donc l’acte de peindre semble exposé tout autant que le sujet peint, c’est qu’ils semblent naître d’un même élan, celui du désir peut être, de l’expérimentation en tout cas. L’accrochage bigarré, déployé sur plusieurs registres de hauteur, ménage des rassemblements thématiques, des syncopes, des impasses, déroge à l’habitus culturel qui nous lie à l’exposition de peintures ou à d’autres genres de production humaine. Il transperce littéralement la cohérence visuelle, dans une entreprise analytique et extensive.
Loin de désincarner l’œuvre de départ, lorsqu’il y en a une, ou simplement de banaliser l’art, Mika Pérez offre une perspective sur le travail de la peinture, à l’échelle sociale et individuelle, et il révèle tous ses liens avec l’image : les différents registres d’image qui existent et les styles qui leur sont rattachés deviennent soudain intelligibles. Nos modes d’évaluation se trouvent affectés, devant cette proposition de faire de l’art comme on ferait de l’illustration ou de la musique : comment ça joue, l’humain.
Texte de Françoise Lonardoni*, extrait du le catalogue Musée d'Art Moderne de Saint Étienne - Ecole Beaux Arts DE Nîmes, qui paraîtra en novembre 2009.
*Françoise Lonardoni est historienne d'art, chargée des collections contemporaines, responsable de l'artothèque, à la Bibliothèque municipale de Lyon. Elle a publié des textes et fait des conférences sur des artistes contemporains.